Accident causé par un défaut du véhicule : qui est responsable et comment la victime est-elle indemnisée ?
En bref : quand un accident est provoqué par le véhicule lui-même (freins défaillants, direction qui casse, électronique qui se dérègle, vice caché d’un véhicule d’occasion), la victime blessée n’est pas privée d’indemnisation. Un piéton, un passager ou l’occupant d’un autre véhicule est indemnisé par l’assureur du véhicule impliqué, qui ne peut pas lui opposer le défaut technique. Le conducteur blessé dans son propre véhicule dispose d’autres recours : sa garantie du conducteur, et des actions contre le constructeur, le vendeur ou le garagiste. L’enjeu, dans tous les cas, est de prouver le défaut.
Que révèle l’enquête d’Enquête exclusive sur les véhicules remis en circulation ?
En décembre 2017, l’émission Enquête exclusive (M6) a consacré un reportage au devenir des véhicules accidentés ou hors d’usage. Une partie d’entre eux ne finit pas à la casse : réparés sommairement, maquillés ou reconstitués à partir de pièces détachées, ils sont remis sur la route et revendus comme des véhicules d’occasion ordinaires. Maître Michel Benezra y était interrogé.
Pour consulter la vidéo : mettre le mot de passe « benezraavocats »
Ce reportage met en lumière une réalité que nous retrouvons dans nos dossiers : certains accidents ne s’expliquent ni par une faute de conduite ni par l’état de la route, mais par le véhicule lui-même. Une réparation bâclée, une pièce non conforme, un défaut de conception ou une défaillance électronique peuvent suffire à provoquer un accident grave.
Quels défauts du véhicule peuvent provoquer un accident ?
Les causes techniques les plus fréquentes touchent les organes de sécurité : freinage, direction, pneumatiques, trains roulants, mais aussi les systèmes électroniques qui pilotent aujourd’hui l’accélération, le freinage d’urgence ou la trajectoire. Un airbag qui ne se déclenche pas, ou qui se déclenche de façon anormale, n’est pas à l’origine de l’accident mais peut aggraver lourdement les blessures.
L’origine du défaut détermine les responsables. Un défaut de conception ou de fabrication renvoie au constructeur ou au fabricant de la pièce. Un défaut caché d’un véhicule d’occasion renvoie au vendeur. Une réparation mal faite renvoie au garagiste qui l’a réalisée. Un défaut d’entretien peut aussi être imputé au propriétaire. Il est fréquent que plusieurs de ces causes se cumulent.
Piéton, passager ou autre conducteur : êtes-vous indemnisé si l’accident vient d’une défaillance technique ?
Oui. Lorsque vous êtes victime d’un accident impliquant un véhicule dont un organe a cédé, vous êtes indemnisé dans le cadre de la loi Badinter, par l’assureur de ce véhicule. Le conducteur ou le gardien de ce véhicule ne peut vous opposer ni la force majeure ni le fait d’un tiers (article 2 de la loi du 5 juillet 1985). Le défaut du véhicule, même imputable au constructeur, n’est donc pas un motif de refus.
C’est ensuite à l’assureur, s’il l’estime utile, de se retourner contre le constructeur, le vendeur ou le garagiste. Ce recours ne vous concerne pas et ne retarde pas, en principe, votre indemnisation. Voir notre page sur la loi Badinter.
Conducteur blessé par la défaillance de son propre véhicule : quels recours ?
La situation du conducteur est plus délicate, en particulier lorsqu’aucun autre véhicule n’est impliqué. Il ne peut pas réclamer à son propre assureur de responsabilité civile la réparation de ses blessures. Deux voies s’ouvrent alors à lui, et elles peuvent se cumuler.
La première est la garantie du conducteur, si son contrat d’assurance la prévoit. Elle indemnise ses propres blessures, dans les limites et selon les modalités prévues au contrat.
La seconde est l’action contre le responsable du défaut, qui permet d’obtenir la réparation intégrale de son préjudice corporel. C’est souvent la plus importante, car la garantie du conducteur est plafonnée et ne couvre pas toujours l’ensemble des postes de préjudice.
Le constructeur peut-il être tenu responsable ?
Oui. Le Code civil prévoit un régime de responsabilité du fait des produits défectueux. Le producteur est responsable du dommage causé par un défaut de son produit, qu’il ait ou non un contrat avec la victime (article 1245 du Code civil). Ce régime s’applique à la réparation des atteintes à la personne (article 1245-1).
Un produit est défectueux lorsqu’il n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre (article 1245-3). La victime doit prouver le dommage, le défaut et le lien de causalité entre les deux (article 1245-8). Le producteur est responsable de plein droit, sauf s’il démontre l’une des causes d’exonération limitativement prévues par la loi : défaut apparu après la mise en circulation, état des connaissances scientifiques et techniques qui ne permettait pas de le déceler, ou conformité à une règle impérative (article 1245-10).
Si le producteur ne peut être identifié, le vendeur ou le fournisseur professionnel répond du défaut dans les mêmes conditions, à moins de désigner son propre fournisseur ou le producteur dans les trois mois de la demande (article 1245-6).
Les délais sont stricts. L’action se prescrit par trois ans à compter du jour où la victime a eu, ou aurait dû avoir, connaissance du dommage, du défaut et de l’identité du producteur (article 1245-16). Et sauf faute du producteur, sa responsabilité s’éteint dix ans après la mise en circulation du produit, si aucune action n’a été engagée entre-temps (article 1245-15). Pour un véhicule ancien, ce second délai peut déjà être expiré : il faut alors se tourner vers d’autres fondements.
Et le vendeur ou le garagiste ?
Le régime des produits défectueux ne remplace pas les autres actions : la victime conserve ses droits au titre de la responsabilité contractuelle ou extracontractuelle (article 1245-17 du Code civil).
L’acheteur d’un véhicule atteint d’un défaut caché qui le rend impropre à son usage peut agir contre son vendeur au titre de la garantie des vices cachés (article 1641 du Code civil), dans les deux ans de la découverte du vice (article 1648). Lorsque le vendeur connaissait le vice, il doit en outre réparer l’ensemble du préjudice subi par l’acheteur (article 1645). C’est typiquement la situation de l’épave maquillée revendue comme un véhicule sain.
Le garagiste qui a réparé ou entretenu le véhicule engage sa responsabilité si l’accident trouve son origine dans une intervention mal réalisée. Sa responsabilité s’apprécie au regard de la prestation qui lui avait été confiée, d’où l’importance de conserver factures et ordres de réparation.
Comment prouver que l’accident vient du véhicule ?
Tout repose sur l’expertise technique du véhicule. Le premier réflexe est de ne pas laisser le véhicule partir à la casse ni être réparé avant qu’il ait été examiné. Une fois l’épave détruite, la preuve du défaut disparaît avec elle.
Plusieurs mesures permettent de préserver cette preuve :
- signaler l’éventuelle défaillance aux enquêteurs dès le procès-verbal ;
- demander une expertise contradictoire en présence de toutes les parties ;
- conserver les factures d’achat, d’entretien et de réparation ;
- vérifier si le modèle a fait l’objet d’une campagne de rappel du constructeur.
En cas de désaccord, une expertise judiciaire peut être sollicitée devant le juge des référés. Voir aussi notre page sur l’expertise après un accident de la route pour le volet médical, qui se déroule en parallèle.
Le conducteur poursuivi peut-il invoquer la défaillance de son véhicule ?
Lorsqu’un accident a fait des victimes, le conducteur peut être poursuivi pour blessures ou homicide involontaires, voire pour blessures ou homicide routiers. La démonstration qu’une défaillance technique, et non son comportement, est à l’origine de l’accident est alors un élément central de sa défense, puisqu’elle porte sur le lien entre sa conduite et le dommage. Là encore, tout dépend de l’expertise du véhicule. Voir notre page je suis responsable d’un accident.
Questions fréquentes sur les accidents causés par un défaut du véhicule
Sources
- Loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, art. 2 (force majeure et fait d’un tiers inopposables aux victimes).
- Code civil, produits défectueux : art. 1245, art. 1245-1, art. 1245-3, art. 1245-6, art. 1245-8, art. 1245-10, art. 1245-15, art. 1245-16, art. 1245-17.
- Code civil, vices cachés : art. 1641, art. 1645, art. 1648.
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