Cass. 2e civ., 9 juillet 2026, n° 24-22.935 : le dépôt du rapport d’expertise n’interrompt pas la péremption

En bref : par un arrêt du 9 juillet 2026 publié au Bulletin, la deuxième chambre civile de la Cour de cassation juge, dans une procédure devant la commission d’indemnisation des victimes d’infractions, que le dépôt du rapport d’expertise ne constitue pas une diligence interrompant le délai de péremption de deux ans. Les conclusions de la victime n’interrompent ce délai que si elles sont déposées dans les deux ans de sa dernière diligence. La Cour rappelle aussi que le ministère public doit avoir communication de l’affaire.

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Thème de la décision

Péremption de l’instance pendant l’expertise

Procédure · Articles 386 et 392 du code de procédure civile

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Quelle est la fiche d’identité de cet arrêt ?

Juridiction Cour de cassation, deuxième chambre civile
Date 9 juillet 2026
Numéro Pourvoi n° 24-22.935
Publication Publié au Bulletin (arrêt n° 727, F-B)
Décision attaquée Cour d’appel de Cayenne, 16 septembre 2024
Solution Cassation totale, renvoi devant la cour d’appel de Cayenne autrement composée
Textes visés Articles R. 50-18 et R. 50-19 du code de procédure pénale ; articles 386, 392 et 425 du code de procédure civile
Poste concerné Procédure d’indemnisation devant la CIVI ; péremption d’instance
Identifiant européen ECLI:FR:CCASS:2026:C200727
Texte intégral Consulter l’arrêt sur Légifrance

Source : Cabinet Benezra Avocats – avocats en droit du dommage corporel – benezra.fr

Que s’était-il passé pour la victime ?

Le père de M. K. meurt sous les coups de couteau d’un auteur déclaré pénalement irresponsable. M. K. saisit la commission d’indemnisation des victimes d’infractions (CIVI), en son nom et pour sa sœur dont il est le tuteur. Le 6 juillet 2018, le président de la CIVI ordonne une expertise médicale et lui alloue une provision de 8 000 euros. L’expert dépose son rapport le 9 juin 2019. Les demandeurs ne concluent à la liquidation de leurs préjudices que le 4 juin 2021.

Le Fonds de garantie soulève la péremption de l’instance. La cour d’appel de Cayenne l’écarte : elle juge que le délai de péremption n’a commencé à courir qu’au dépôt du rapport d’expertise.

Quelle question la Cour de cassation devait-elle trancher ?

Le dépôt du rapport d’expertise fait-il courir un nouveau délai de péremption de deux ans au profit de la victime ?

Qu’a jugé la Cour de cassation ?

La Cour casse en toutes ses dispositions. L’instance est périmée lorsqu’aucune des parties n’accomplit de diligences pendant deux ans. La décision du président de la CIVI qui ordonne une expertise ou alloue une provision ne met pas fin à l’instance. Le dépôt d’un rapport d’expertise ne constitue pas une diligence interruptive. Des conclusions n’interrompent le délai que si elles sont déposées avant l’expiration des deux ans suivant la dernière diligence de la partie.

La Cour censure aussi la cour d’appel pour avoir statué sans que l’affaire ait été communiquée au ministère public. En matière d’indemnisation des victimes d’infractions, le parquet doit pouvoir faire connaître son avis, devant la CIVI comme en appel.

Pourquoi cet arrêt concerne-t-il toutes les victimes qui attendent une expertise ?

Une expertise médicale dure souvent des mois, et la victime peut croire que la procédure attend le rapport. Le dépôt du rapport ne fait pourtant pas repartir le délai de deux ans, qui se calcule à partir de la dernière diligence des parties. Dans cette affaire, les conclusions avaient été déposées près de deux ans après le rapport et près de trois ans après l’ordonnance d’expertise. La cour de renvoi devra apprécier la péremption sans faire partir le délai du dépôt du rapport.

La règle découle des articles 386 et 392 du code de procédure civile, communs à toutes les juridictions civiles. Elle concerne donc aussi la victime d’un accident de la route qui a saisi le tribunal judiciaire et attend une expertise ordonnée dans cette instance. La Cour s’appuie sur sa définition de la diligence interruptive : une initiative d’une partie, manifestant sa volonté de parvenir à la résolution du litige, prise utilement dans le cours de l’instance (2e civ., 27 mars 2025, n° 22-20.067).

Dans un arrêt publié au Bulletin du 12 mars 2026, la Cour a précisé qu’en cas de péremption de l’instance devant la CIVI, la victime ne peut se prévaloir ni de sa requête ni de l’ordonnance du président lui allouant une provision pour échapper à la forclusion (2e civ., n° 24-18.760, à propos d’un accident survenu au Mexique).

Que doit vérifier une victime après cet arrêt ?

La victime repère la date de la dernière diligence accomplie dans son dossier et le délai de deux ans qui en découle. Elle n’attend pas le dépôt du rapport pour agir : des conclusions ou une autre initiative faisant avancer le litige doivent intervenir avant l’expiration de ce délai. Devant la CIVI, elle vérifie aussi que le parquet a été avisé de l’audience.

Quels textes s’appliquent ?

Où trouver plus d’informations ?

Les étapes de la procédure sont présentées sur la fiche procédure d’indemnisation après un accident de la route, et le déroulement de l’expertise sur la fiche expertise médicale. Les autres décisions commentées par le cabinet sont regroupées sur la page Jurisprudence en dommage corporel : décisions commentées.

Maître Michel Benezra, avocat en droit du dommage corporel (accidents de la route), Benezra Avocats. Publié le 23 octobre 2026. Décision vérifiée sur Légifrance le 23 octobre 2026.

Votre situation?

Au moment de l’accident, dans quelle situation êtes-vous ? Automobiliste, passager, motard, cycliste, piéton, en trottinette, dans un car ou un bus, ou proche d’une victime ? À chaque situation, une solution.

Le cabinet intervient-il face au FGAO ?

Oui. Maria avait eu un accident seule en évitant un animal ; son assureur et le FGAO refusaient de croire à sa version, faute de témoin, et plusieurs cabinets avaient décliné le dossier. Le cabinet l’a porté devant le juge, et Maria a obtenu 115 000 € pour ses préjudices corporels (lire le dossier de Maria).

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