Cass. 2e civ., 23 mai 2019, n° 18-16.651 : la victime locataire peut obtenir l’achat d’un logement adapté
En bref : par un arrêt du 23 mai 2019, la deuxième chambre civile de la Cour de cassation casse l’arrêt qui avait limité à 86 000 euros l’indemnité de logement d’un motard grièvement blessé, au seul motif que son logement loué pouvait être aménagé. Le juge doit rechercher si l’importance des travaux et le caractère provisoire de la location rendent nécessaire l’achat d’un logement adapté.
Thème de la décision
Logement adapté de la victime locataire
Réparation intégrale · Frais de logement adapté · Tierce personne
Quelle est la fiche d’identité de cet arrêt ?
| Juridiction | Cour de cassation, deuxième chambre civile |
|---|---|
| Date | 23 mai 2019 |
| Numéro | Pourvoi n° 18-16.651 |
| Décision attaquée | Cour d’appel de Poitiers, 20 mars 2018 |
| Solution | Cassation partielle, renvoi devant la cour d’appel de Limoges |
| Fondement | Principe de la réparation intégrale sans perte ni profit pour la victime |
| Postes concernés | Frais de logement adapté, assistance par tierce personne |
| Identifiant européen | ECLI:FR:CCASS:2019:C200705 |
| Texte intégral | Légifrance |
Source : Cabinet Benezra Avocats – avocats en droit du dommage corporel – benezra.fr
Que s’était-il passé pour la victime ?
Le 11 septembre 2006, une voiture assurée par la Matmut percute un motard, grièvement blessé. Il garde notamment une amputation du membre supérieur gauche, des troubles cognitifs et des difficultés de marche. Il vit dans un logement loué.
L’expert chiffre à environ 80 000 euros les travaux nécessaires pour adapter ce logement, avec six mois pendant lesquels la victime ne pourra pas l’habiter. La victime demande la prise en charge de l’achat d’une maison. La cour d’appel de Poitiers refuse et accorde 86 000 euros, travaux et frais de relogement compris.
Quelle question la Cour de cassation devait-elle trancher ?
La cour d’appel pouvait-elle s’en tenir au constat que des travaux « certes importants mais néanmoins adaptés » étaient possibles dans le logement loué, sans examiner si la victime pouvait y rester durablement ? La victime contestait aussi la définition de la tierce personne retenue par les juges, qu’elle estimait limitée aux actes essentiels de la vie courante.
Qu’a jugé la Cour de cassation ?
Sur le logement, la Cour casse pour manque de base légale. Les juges devaient rechercher, comme ils y étaient invités, si l’ampleur des travaux et le caractère provisoire de la location ne rendaient pas nécessaire l’acquisition d’un logement mieux adapté, afin que la victime bénéficie de manière pérenne d’un habitat adapté à son handicap. L’affaire est renvoyée devant la cour d’appel de Limoges.
Sur la tierce personne, la Cour rejette le grief. Elle approuve la définition retenue : la tierce personne apporte à la victime l’aide qui lui permet de suppléer sa perte d’autonomie tout en restaurant sa dignité. Malgré une formulation maladroite, la cour d’appel n’avait pas réduit ce poste à certains actes seulement. Le volume d’aide retenu, deux heures trente par jour, et l’absence d’indexation du coût horaire relevaient de son appréciation souveraine.
Pourquoi le statut de locataire compte-t-il dans l’indemnisation du logement ?
Un locataire n’a aucune garantie de rester dans les lieux toute sa vie : le bail peut prendre fin, le bailleur peut vendre, et des travaux lourds financés par l’assureur peuvent être perdus en cas de départ. L’arrêt applique au locataire le raisonnement retenu en 2009 et en 2017 pour la victime qui vivait chez ses parents : quand l’adaptation durable suppose d’être propriétaire, l’achat devient une conséquence de l’accident.
La réponse dépend des faits. Le juge doit examiner l’importance des travaux et la durée prévisible de l’occupation, puis motiver sa décision. Une cour d’appel qui se borne à constater que des travaux sont techniquement possibles encourt la cassation.
Que doit vérifier une victime après cet arrêt ?
Une victime locataire doit faire décrire précisément les travaux nécessaires et leur durée. Il est utile de produire le bail, sa durée restante et tout élément montrant la précarité de l’occupation.
La demande d’achat doit figurer expressément dans les conclusions, avec l’invitation faite au juge de rechercher si l’acquisition est nécessaire : la cassation tient ici au fait que la cour d’appel n’avait pas procédé à cette recherche.
Pour la tierce personne, les besoins d’aide liés à la vie sociale, aux loisirs et aux déplacements doivent être documentés dès l’expertise, car les juges du fond en fixent souverainement le volume.
Quels textes s’appliquent ?
- Principe de la réparation intégrale sans perte ni profit pour la victime : visa de l’arrêt
- Article 1240 du code civil : responsabilité du fait personnel
- Article 4 de la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 : droit à indemnisation du conducteur victime
Où trouver plus d’informations ?
Les postes liés à l’adaptation du cadre de vie sont détaillés sur la page frais d’adaptation du logement et du véhicule, et l’aide humaine sur la page assistance par tierce personne. Voir aussi l’arrêt du 17 octobre 2024, qui admet l’achat d’un logement mieux adapté. Les autres décisions commentées par le cabinet sont regroupées sur la page Jurisprudence en dommage corporel : décisions commentées.
Maître Michel Benezra, avocat en droit du dommage corporel (accidents de la route), Benezra Avocats. Publié le 22 octobre 2026. Décision vérifiée sur Légifrance le 22 octobre 2026.
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